dimanche 15 mars 2015

Le jour où j'ai su ...

Très tôt, je me suis demandé comment je réagirais dans des situations extrêmes.
Qui serais-je en temps de guerre ? Et si le bâtiment prenait feu là maintenant tout de suite ? Et s'il y avait une prise d'otage au collège ? Et si quelqu'un se faisait agresser devant moi là maintenant tout de suite ?
La liste est longue.
Evidemment, on s'en sort toujours avec brio en rêverie. 
Un jour, je discutais avec une amie qui me racontait son agression plusieurs semaines auparavant. Ce qui l'avait choqué me disait-elle, c'était de voir les gens autours qui n'ont pas bronché. Ils avaient la trouille. Et j'abondais dans son sens. Oui. C'est lamentable ... Ce sont des couards, des faibles.
Mais je savais.
Il est facile de s'illusionner. De se dire "je sais que si telle chose arrivait, je ne montrerais que courage et témérité et la la la". 


Il y a très longtemps, une autre vie si j'ose dire, si cela n'était pas ridiculement vrai, pour être plus exact il y a neuf ans à peu près, je me trouvais à une grande soirée organisée par les STAPS de l'université de Caen. Grosse fête, comme prévu, je m'y ennuyais après une demi-heure, mais bon j'étais avec les copains, il y avait de la bière à 50 cents et la musique était ridiculement drôle.
Trois-quatre heures du matin, les gens s'en sont allés les uns après les autres, et avant de partir, je suis passé aux toilettes. Des cabines individuelles. Une lampe clignotait. Une canalisation, quelqu'elle soit, avait dû lâcher, puisque de l'eau se répandait par terre. Glauque, mais pas inhabituel. Je m'installai. J'ai alors commencé à entendre du bruit dans la cabine d'à côté. Une fille marmonnait. Je tendis l'oreille. Et j'entendis ces quelques mots qui me hanteront des années encore (au moins neuf années donc...) "Tu vas me sucer salope, oui ?" puis, mais peut-être n'est-ce qu'une reconstruction de mes souvenirs, des sanglots, une claque.
Certainement livide, retourné, je suis sorti de ma cabine, je suis allé sortir le mec de sa cabine lui ai défoncé la tête et ai aidé la demoi et me suis dégonflé ... Plus fort que moi. Je savais que j'aurais pu aller ouvrir la porte, cela aurait pu peut-être, je ne sais pas, permettre à la fille de s'enfuir, qu'est-ce que j'en sais putain ! Mais non. Impossible. Tout bloquait, mes membres semblaient se raidir et tous mes intestins se liquéfier.
Avant que tout le monde me conspue, attention, j'ai fait mon devoir de citoyen. Je suis allé prévenir un videur qui s'est précipité dans les toilettes, est allé sortir le mec de sa cabine, lui a défoncé la tête et a aidé la demoiselle, la prenant par l'épaule et la conduisant à l'infirmerie. Il m'a même remercié d'être venu le prévenir, sous-entendant que tout le monde ne l'aurait pas fait. A plusieurs reprises, lorsque j'ai rapporté cette histoire, à des gens triés sur le volet et souvent sous couvert de secret médical, l'on me précisa que j'avais pris la bonne décision.
Certes, il aurait été stupide, de me jeter dans une bagarre, sachant :
- que je ne sais pas me battre
- qu'en plus j'étais saoul
- que je n'avais aucun moyen de savoir à quoi ressemblait ce mec, ni même s'il était armé
- qu'il y a des types juste à côté dont c'est le métier et qui sont formés pour ...

Mais surtout, je me suis dégonflé. Un lâche. Un de ces nombreux minables qui passent à côté d'une agression sans intervenir de peur d'en prendre une. 
Peut-être, me direz-vous, dans d'autres circonstances, cela se serait-il passé autrement. Peut-être. Et de fait, à quelques reprises, je me suis rattrapé. Mais aujourd'hui, je ne peux plus me cacher derrière ces merveilleux fantasmes de "et si qu'on dirait que c'était la guerre et qu'on était des résistants et qu'on serait trop fort". Non. Je ne peux même plus en vouloir à tous ces lâches ...

Très tôt, je me suis demandé comment je réagirais dans des situations extrêmes.
Qui serais-je en temps de guerre ? Et si le bâtiment prenait feu là maintenant tout de suite ? Et s'il y avait une prise d'otage au collège ? Et si quelqu'un se faisait agresser devant moi là maintenant tout de suite ?
Ce jour là, j'ai su que rien n'était si simple ... Une illusion d'enfance perdue à jamais. Nous ne sommes probablement que des gens qui essayons tous de faire de notre mieux, mais qui échouons la plupart du temps. 



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