vendredi 11 septembre 2015

Mathématiques ...

Discipline inutile par excellence, j'ai dédié ma vie aux mathématiques. 

En tant qu'étudiant d'abord puis lorsque j'ai décidé d'enseigner. Ce qui était mon rêve depuis que je regardais ces gens qui me semblaient des puits de science et dont le métier était de transmettre. 
C'est fascinant, la transmission. C'est le parent pauvre de la culture. On idolâtre les créateurs, mais on oublie trop souvent ceux qui transmettent. Le meilleur guitariste, qui jouera probablement sur une Les Paul à 5000€, appréciera moyennement le son de ses doigts noyés dans l'impédance d'un câblage insuffisant. Fabriquer un bon câble, pourtant, demande un vrai savoir-faire. En tout cas je l'espère parce que sinon cela signifie que je paye très cher pour rien.
Mais si personne ne m'avait parlé des mathématiques, comment les aurais-je découvertes ? M'y serais-je même un jour confronté ?

Et pourtant, quel bonheur !
Ces objets théoriques existent-ils au delà du monde tangible qu'ils assujettissent, ou ne sont-ils qu'une extension du cerveau humain, si limité et pourtant si débrouillard et adaptable, qui lui permettent de modéliser et de comprendre l'univers, en des formes simplifiées mais probablement suffisantes ?
Qu'en sais-je ? Et si j'eus la prétention de me porter du côté des platoniciens, sûrement prisonnier d'un romantisme de très mauvais aloi, aujourd'hui ces débats me lassent tant les prises de position me semblent limitées ...

Que peut-on aimer dans les mathématiques ?
Certains y aiment la lutte, les stratégies pour vaincre des énigmes, ludique violence qui me laisse froid.
Certains y aiment le raisonnement, les démonstrations qui construisent un monde stable sur lequel s'appuyer pour s'élever. Si j'y ai goûté, passionnément, cela ne me touche que de loin en loin désormais.
Certains explorent, découvrent des théories superbes et ensorcelantes, pareilles à des forêts inexplorées qu'il faut apprivoiser pour en découvrir les secrets et trésors.

Quant à moi, ce que j'y aime, c'est l’orfèvrerie, la finesse ... J'ai bien plus l'impression d'enseigner des mathématiques lorsque je reconstruis la numération avec des enfants qu'au lycée lorsque l'on travaille ces infamants intervalles de fluctuation ou des démonstrations qu'il faudra apprendre par cœur. Qu'est-ce qu'un nombre ? Qu'est-ce qu'un calcul ? Qu'est-ce qu'une démonstration ? Quelle est la nature des ces objets logiques que l'on manipule au quotidien dans notre belle discipline ? Comment cela s'est-il inscrit dans l'histoire de l'humanité ? Comment cela a-t-il assisté l'humanité en douceur, ou parfois révolutionné les façons de penser ?

Ce que j'y aime, c'est l'absence de compromis a priori. C'est l'immensité des possibilités qui se se développent au gré des points de vue jamais incompatibles. C'est cette merveilleuse dialectique des cerveaux qui face à des désaccords construisent de nouveaux univers. C'est la possibilité offerte aux idiots qui, avec passion et rigueur, peuvent alors penser mieux que les plus grands intellectuels.

Ce que j'y aime c'est avant tout la possibilité, et le devoir, de constamment tout remettre en cause et de refuser toute autorité ; celle, logique, de la théorie, qu'il faut réfuter constamment pour s'en convaincre ou la corriger, ou celle, sociale, du professeur qui ne devrait jamais s'offusquer de l'incompréhension de l'élève, mais au contraire s'en réjouir et l'y encourager.



En lieu et place de cela, la transmission des mathématiques se résume souvent à un enseignement de savoirs figés, triste musée où le praticien, réduit au rôle de guide, parle et commente de vieilles statues grisâtres et poussiéreuses auxquelles il est interdit de toucher, celles-là mêmes que l'artiste avait créées comme des œuvres colorées que les enfants escaladeront en riant et au pied desquelles les amoureux échangeront leurs promesses d'avenir.




Les mathématiques, mes mathématiques, devraient former des révolutionnaires. Elles forment des ingénieurs et des gardiens du temple. C'est dommage.



Tant pis.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire