lundi 29 février 2016

Chroniques de mon autoradio, épisode 1.


Le matin, c'est tôt. Surtout quand on bosse.

Et si la nuit prit soin de coucher un voile de givre sur notre belle campagne, blanchissant d'une légère dentelle étincelante toits et trottoirs, couvrant les hommes de couches supplémentaires d'armure les protégeant du monde extérieur, bah c'est vachement pas mieux pasqu'en plus il faut attendre que la caisse dégèle quoi. 

Mais l'un dans l'autre, en attendant que le pare-brise dégivre, cela me laisse le temps de faire cracher mon iPod baladeur numérique quelque goualante qui saura me mettre d'entrain pour la journée.

Aujourd'hui : Thunder Road, de Bruce Springsteen.

Si cette chanson m'a accompagné pendant des années, je vais commencer ici par vous délivrer l'analyse de ma chère et tendre.
"Oui, c'est une chanson sympa, mais c'est un peu cliché, non ?"

Et bien je répondrai : Oui, bien sûr que oui !

Si le Boss est un homme de grand talent, il ne brille pas toujours pas son bon goût. Défigurer une Esquire '53 (ou '54 peut-être, je n'ai jamais su ...) pour lui rajouter des micros n'est pas une preuve de bon goût par exemple, idem ses arrangements de I'm on Fire qui parviennent à gâcher une superbe chanson (je vous propose plutôt la reprise d'Harry Manx, et celle de Johnny Cash a un côté "prêtre pédophile" que j'apprécie).

Et le (léger) mauvais goût, Thunder Road n'y coupe pas. Une introduction au piano un poil appuyée, quoique la ligne d'harmonica y réponde bien, le final du morceau fait retomber le climax comme un soufflé (raté. Un bon soufflé ne retombe pas, mais un bon soufflé, c'est au fromage, le fromage c'est le mal, les animaux maltraités tout ça), et le tout renvoie une impression "en haut de la montagne coucher de soleil soir de grand vent" digne d'un poster en noir et blanc pour adolescente sur lequel un homme torse nu et des dauphins et des chats. Ne cherchez pas il manque un verbe, je ne savais pas quoi mettre.
Mais allez savoir pourquoi, ça marche. Probablement quelque chose dans le son : la section rythmique est tapis rouge, sa guitare claque comme une Esquire sous les doigts de quelqu'un qui sait (pas trop mal) jouer. (pas trop mal, pas plus : Springsteen n'est pas un excellent guitariste loin de là. Si vous voulez entendre un vrai son de -caster (Telecaster, pas Esquire. Mais bon c'est presque (ne me frappez pas) la même chose, toute proportion gardée.), écoutez plutôt John McLaughlin sur A tribute to Jack Johnson  de Miles Davis). La composition, malgré quelques accents pop que j'espère assumés, est très efficace également, d'une belle progression soutenant justement le propos. Quelque chose dans le texte aussi. Mary apparaît, sous son porche, tandis que le narrateur, au volant de sa caisse, la regarde puis tente de la convaincre de partir, ne lui offrant que pauvreté et liberté. Un petit air de On ira de Jean-Jacques Goldman, quoique je le soupçonne d'avoir voulu écrire son Thunder Road à lui. Je n'étudierai pas plus le texte, vous le ferez beaucoup mieux que moi si jamais cela vous intéresse. Ne vous attendez pas non plus à de la grande littérature mais juste à un texte simple et parlant qui répond parfaitement à sa musique d'accompagnement.

Quelque chose enfin, dans la voix. Et, veuillez excuser la grossièreté, mais la voix de Springsteen, putain, c'est un truc. Une de ces rares voix qui me fasse vibrer aujourd'hui encore, qui m'apporte avec elle la somme de toutes celles des chansons, de toutes celles des interviews et biographies du bonhomme que je connaisse. Du coup, forcément, c'est subjectif. Et, pour moi qui l'ait écouté presque vingt années aujourd'hui, la voix de Springsteen, c'est celle d'un grand frère qui, alors que je suis au fond du gouffre, me tend la main et me dit : "Eh bonhomme, debout. C'est la vie. C'est dur, mais c'est normal. C'est tout ce que l'on a", c'est celle d'un ami qui me dit : "Tu t'en fous ! Si t'as plus rien t'as rien à perdre ! Prends ta Telecaster et viens t'éclater !". 
Il croit à 100% à ce qu'il chante. Il vit son personnage, il vit ses idées et son histoire. Il est d'une générosité ...

Ce n'est pas une chanson qui aide à régler les problèmes ou à comprendre des choses. Aucune chanson n'a ce pouvoir. Pas de miracle, le Christ ne porte ni débardeur ni bandana.

Non. Elle fait mieux.
Elle te donne un coup de pied et te dit :  "Bouge-toi."

Et, probablement, elle a sacrément rempli le compte en banque de l'ami Bruce.






PS : L'envie me prit, à la lecture d'une chronique  du blog de Thrasybulle, de me lancer également dans la chronique musicale parce qu'il n'y a pas de raison. Il y en aura probablement d'autres, qui porteront sur des chansons que j'aime bien ...  A bientôt.

1 commentaire:

  1. Héhé ;) C'est une fort bonne idée ça, j'attendais impatiemment ce billet à caractère musical!
    J'ai bien ri ("celle de Johnny Cash a un petit côté prêtre pédophile que j'apprécie" mouahahah)mais comme souvent, j'ai été prise en flagrant délit d'inculture rock, et il faut bien avouer que là tout de suite maintenant je crois ne pas connaître la chanson. Enfin tu as l'air de dire que c'est un tube, donc je la connais peut-être, mais il faudrait que je l'écoute pour faire le lien, ce que je ferai dès que je ne serai plus au turbin.
    Des bises!

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