mercredi 24 février 2016

#OnVautMieuxQueCa


   Il y a quelques années, je me suis retrouvé en difficulté avec la principale adjointe de mon collège, non pour quelque faute professionnelle mais parce qu'elle était une infecte connasse. Professant une matière qui me passionnait, je n'avais alors que bien peu à voir avec le jeune enseignant paumé qui débarquait à Garges-lès-Gonesse mort de trouille et incapable d'assumer ses responsabilités. Au contraire, et le recul aidant à en prendre conscience, je peux aujourd'hui affirmer que si je n'ai jamais été content de mon travail, au moins avais-je quelques résultats indéniables et que j'avais réussi à remplacer ma crainte de ces sauvageons si dangereux en une bienveillance paternaliste du meilleur aloi. Je me permettais même de participer à faire rayonner le collège et à motiver mes élèves au travers de projets novateurs qui me coutaient des heures de travail et me rapportèrent une pleine demi-heure d'intérêt de la chaîne NoLife. Les gamins, aux anges ; que demander de plus. Ce boulot, ce collège, cette ZEP, ce quartier, ces gosses, c'était ma vie.

   La principale adjointe, d'une perversion sans égale somme toute assez commune dans le monde professionnel, s'est alors attaqué à certains collègues. Les uns après les autres, au gré des envies désordonnées de sa pathologie. Puis, elle s'est attaquée à moi. Fort de mon expérience, je ne me suis pas laissé faire, et cela s'est retourné contre moi. Les mails insultants révoltaient tous mes collègues. Les remises en question de mon travail également, mais que faire ?

   A la sortie du collège, vers 17h, fin de printemps, une collègue et moi apercevons un attroupement sur le parking des HLM. Un attroupement étrange, bruyant ... J'y vais. Je remarque une femme d'un certain âge qui s'en prend à une élève qui aurait "insulté sa fille". Les adolescents tournent autour, gueulant, excitant, public pathétique avide du sang de l'arène, frappant la gamine en larmes au passage si l'occasion se présente. La femme ivre des cris de fureur de ses supporters improbables semble perdre toute mesure, tout contrôle. Ma collègue court au secrétariat du collège afin que la police soit prévenue tandis que je m'interpose pour extraire l'élève, sans difficulté au demeurant : être professeur c'est encore profiter d'un certain statut parfois ...
   Une douleur dans le bras, j'y porte ma main cela saigne légèrement. J'ai été caillassé. Je me retourne pour alors voir un groupe d'une dizaine de gamins morts de rire. Une meute de hyènes, coupables potentiels, je m'en désintéresse et m'en vais. 

   De retour, je m'apprête à rédiger un mail aux collègues pour les tenir informés, mais découvre dans la boîte de réception de mon adresse mail personnelle un mail particulièrement gratiné de la "supérieure" en question. 

   Peut-on s'arrêter là ? Démoli, mon premier réflexe est de faire un tour sur eBay et de m'offrir cette Famicom sertie de son Disk System qui fera si bien sur mon meuble télé dans ma collection de consoles retro.

  

   Je hais ce monde qui nous a si bien formatés. Ne vaut-on pas mieux que cela ? Un monde dans lequel nous devons faire face à une violence hors du commun mais dans lequel nous passons plus d'énergie à nous défendre des agressions de nos supérieurs, et qui n'a rien de mieux à nous offrir que de la consommation, de la possession, en échange ?




   Ce jour fut fondateur. Ce jour, j'ai décidé que je ferai tout mon possible pour tourner le dos à ce monde dégueulasse. Ce jour, j'ai décidé de redevenir adolescent. Ce jour, j'ai décidé d'y croire à nouveau. Ce jour, j'ai décidé que ça valait le coup d'attendre le grand soir. Ce jour, j'ai décidé de ne plus être complice de toute cette merde. Je vaux mieux que cela.



   ON vaut mieux que ça.

  

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